Illustration Mycélium

Mycélium

Illustration Mycélium

Notes de l’auteur

Ce texte a vu le jour lors d’un atelier d’écriture intuitive animé par Véronique Chagnon et Stéphanie Germain. L’atelier se servait d’outils inspirés de la pleine conscience pour guider les participants dans l’écriture d’un texte à partir d’une méditation guidée puis du tirage d’une carte de l’oracle introspectif SONAR (créé par Stéphanie Germain et Francis-William Rhéaume). En partant de la carte, de ce qu’elle nous évoque et de l’accompagnement de Véronique Chagnon, nous devions écrire ce qui nous venait à l’esprit.

Trouvant l’exercice très intéressant et aimant l’histoire qui en a émergée, j’ai donc décidé d’en faire la première publication sur mon nouveau site 術 Jutsu. Voici donc ma petite histoire basée sur les deux cartes que j’ai tirées :
« Mycélium » et « Le barrage ».

J’accompagne également le texte d’une lecture que j’ai faite à la maison, faisant du théâtre depuis peu, j’ai essayé d’incarner l’intention du texte en l’interprétant du mieux que je peux, j’espère que cela vous plaira également.

Bonne lecture !

Mycélium (9 avril 2025)

Lecture du texte Mycélium (12 avril 2025)

Mes yeux s’ouvrent, je suis au milieu d’une forêt, au crépuscule, il n’y a pas de soleil, mais il ne fait pas trop sombre, je sens la nature, la terre et une odeur puissante de forêt qui submerge mes sens. L’endroit est beau, apaisant et je me sens pleinement ancré dans cet instant. Tout autour de moi, je vois d’immenses champignons aux formes intrigantes, et autour d’eux, des arbres encore plus grands. Je ne peux distinguer les cimes de cette forêt fantastique. Même ici, je sens parfois mon esprit vagabonder dans ses recoins plus sensibles, mais je regarde ces arbres immenses qui me dominent, et je me sens alors partie d’un tout, comme libéré de ma condition humaine. Je ne le vois pas, mais je sens sous mes pieds un réseau surpuissant de racines pulser à l’unisson. Un phénomène que je sens indéfectible et inarrêtable, d’une force telle que je n’en ai jamais ressenti auparavant. Je regarde mes mains et mes pieds, ce sont bien mes mains et mes pieds, je suis nu, je sens le vent sur ma peau et la terre entre mes orteils. C’est la première fois que je viens ici, c’est un lieu étrange et gigantesque, mais pourtant, je n’en ai pas peur, il m’est comme familier. Je ne sais pas pourquoi je suis là, j’ai été transporté, pas soudainement, lentement, tranquillement, comme si je m’étais perdu, un pas après l’autre et que j’avais fini par arriver ici. Il m’est maintenant évident que je suis là où je dois être, que cela fait longtemps que j’aurais dû me rendre ici, mais je sens au fond de moi qu’on ne contrôle pas notre venue en ces lieux. Je suis infiniment reconnaissant d’y être enfin parvenu.

Plus tôt aujourd’hui, je vivais ma vie effrénée dans une jungle de béton, tempétueuse et bruyante, infernale. Là-bas, les racines sont toutes mortes, je ne sentais aucune vie sous mes pieds, comme un funambule au milieu d’un cimetière. Avant, les racines y étaient nombreuses, mais nous les avons toutes tuées. Malgré l’apaisement que m’a prodigué cette forêt, en repensant à mon monde, je me sens soudainement envahi d’un profond désespoir. Mes angoisses reviennent et ressurgissent, la forêt s’assombrit ou ce sont peut-être mes sens, je ne sais pas. Submergé par ces pensées noires, je voudrais que tout s’arrête, mais je ne sais pas quoi faire. La réponse vient à moi lorsqu’en perdant l’équilibre, je tombe et me heurte contre le tronc d’un champignon géant. Soudain, tout s’apaise en moi, ce que je sentais sous mes pieds quelques instants plus tôt, je le sens désormais sur mon visage, pressé contre la chair tendre du champignon géant. Emportés, mes doigts se mettent alors à tâter la surface du champignon, je sens ses nervures, je cartographie sa surface, ses ridules, ses monts, ses vallées, puis soudain, je sens un vide sous mes doigts, j’y porte alors mon attention et je remarque un trou de la largeur de mon poing dans la surface du champignon. Curieux, j’y plonge mon bras, comme appelé par ce gouffre mystérieux au sein de cette entité majestueuse. Arrivé au coude, mes doigts entrèrent en contact avec son cœur, du moins ce que je suppose être son cœur. Un instant, juste un instant de paix. Puis j’ai soupiré. Mes yeux se sont ouverts, puis fermés et puis ouverts à nouveau. Mes yeux clignent, ma poitrine se soulève et j’ai quitté la forêt. Je tombe, je sens le vent de ma chute battre contre ma peau et je sens le vide infini en dessous de mon corps. Le barrage a sauté, quand j’ai touché le cœur, le barrage a sauté. Des souvenirs me reviennent, toutes les blessures qui m’ont habité se rouvrent et se referment à l’unisson, comme un cœur qui bat. La souffrance d’une vie suivie d’un état pleinement apaisé et content. Un battement terrible, terrible et pourtant accueilli avec toute la gratitude qui m’habitait dans la forêt… 

Le lac est vide, le barrage n’est plus, et ma chute s’achève. J’atterris doucement sous la terre, les racines des champignons m’entourent et réfléchissent une douce lumière bleue. Dans cette pénombre, un reflet m’attire plus que les autres, une lumière jaune et faible qui me semble si familière. Le reflet me sourit, je, me souris. Lorsque j’effleure du bout des doigts cette lumière jaune, je sens mon cœur battre à l’unisson de ce scintillement lumineux. Mon reflet me regarde et m’adresse un dernier sourire plein de sens avant de disparaître. J’y lis qu’il m’a guidé vers mon cœur, que mon chagrin est apaisé, que mon chemin n’est pas terminé, mais que cette lumière jaune scintillant doucement, sera désormais toujours à mes côtés, comme un compagnon, comme un passé présent dans mon futur. Je lui souris en retour et je l’accepte, le plus beau cadeau qu’un reflet m’ai jamais fait. Quand je bats des paupières, je suis de retour dans la forêt aux champignons géants puis au battement suivant, je suis de retour dans ma jungle de béton. Mais cette fois-ci tout y est plus beau, ma lumière est désormais à mes côtés. Prenant une profonde inspiration, je remercie les champignons et je remercie la lumière, qui je le sais maintenant ne quittera plus jamais mon cœur.

6 réponses à “Mycélium”

  1. Avatar de ERIPRET
    ERIPRET

    Bonjour Antoine. J’aime beaucoup la manière dont tu INCARNES Ton texte en le lisant à Haute et Intelligible Voix. Le chemin méditatif que tu as créé en le décrivant avec profondeur et une
    très belle énergie positive semble émaner d’une méditation préalable entière et riche de vie sensorielle. Le paysage interieur que tu décris recueille ta pleine adhésion. C’est très beau à écouter. On sent une libération des souffrances intimes vécues. On sent aussi à quel point cet atelier d’écriture méditative t’a apporté une belle et puissante ressource d’énergie positive. BRAVO pour cette belle lecture authentique et ce beau voyage méditatif. Miriam

    1. Avatar de Antoine Bouabana

      Merci beaucoup pour ton beau commentaire, content que ça t’ai plu !

  2. Avatar de Oribes Agathe
    Oribes Agathe

    Je remercie Miriam de m’avoir fait découvrir ce texte à l’atmosphère à la fois onirique et inquiétante. Chapeau 🎩

    1. Avatar de Antoine Bouabana

      Merci beaucoup d’avoir pris le temps de découvrir ce texte ! Je suis content de voir qu’il t’as transporter avec moi dans ce monde mystérieux des champignons géants…

  3. Avatar de Bouabana
    Bouabana

    Bravo Antoine ! C’est apaisant à écouter, ça me rappelle les contes qu’on me racontait enfant ou ceux que j’écoutais (avec les microsillons). Début prometteur, à renouveler. Papa

    1. Avatar de Antoine Bouabana

      Merci beaucoup ! À renouveler comme tu dis !

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